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ATLANTIS
LE TIMEE
«Il
y a en Égypte,» dit Solon, «dans le Delta,
vers la pointe duquel le cours du Nil se partage, un certain
neume, qu'on appelle Saïtique, et de ce neume, la plus
grande ville est Saïs. - C'est de là qu'était
Amasis, le roi - Pour ceux de cette ville, c'est une certaine
Déesse qui l'a fondée: en Egyptien son nom
est Neith, mais, en Grec, à ce qu'ils disent, c'est
Athéna. Or ces gens-là sont très amis
des Athéniens et ils affirment ètre en quelque
manière leurs parents. Solon raconta qu'étant
arrivé chez eux, il y acquit une grande considération,
et que, comme il interrogeait un jour sur les antiquités
les prètres les plus savants en ces matières,
il avait découvert que ni lui-mème, ni aucun
autre Grec n'en avait pour ainsi dire rien su. Et une fois,
les voulant induire à parler des vieilles choses,
il entreprit de leur raconter ce que nous avons ici de plus
ancien. Il leur parla de Phoroneus, celui qu'on appelle
le premier homme, de Niobé, du déluge de Deucalion
et de Pyrrha et des mythes qu'on rapporte sur leur naissance,
et des généalogies de leurs descendants. Et
il s'efforça, en supputant les années où
se passaient les événements, de calculer leur
date. [Les Grecs n'ont pas de souvenirs d'un passé
très reculé]. Mais l'un des prêtres,
qui était très vieux, de dire: « Solon,
Solon, Vous autres Grecs, Vous êtes toujours des enfants:
un Grec n'est jamais vieux ! » A ces mots Solon: «
Comment l'entendez-vous ? » - Et le prêtre:
« Vous êtes jeunes tous tant que vous êtes
par l'âme Car en elle vous n'avez nulle opinion ancienne,
provenant d'une vieille tradition, ni aucune science blanchie
par le temps. [ Causes de cette ignorance. ]. Et en voici
la raison. Les hommes ont été détruits
et le seront encore et de beaucoup de manières. Par
le feu et par l'eau eurent lieu les destructions les plus
graves. Mais il y en a eu d'autres moindres, de mille autres
façons. Car, ce qu'on raconte aussi chez vous, qu'une
fois, Phaéton, fils d'Hélios, ayant attelé
le char de son père, mais incapable de le diriger
sur la voie paternelle, incendia tout ce qu'il y avait sur
la terre et périt lui-même, frappé de
la foudre, cela se dit en forme de légende. La
vérité, la voici: une déviation se
produit parfois dans les corps qui circulent au ciel, autour
de
la terre. Et, à des intervalles de temps largement
espacés, tout ce qui est sur terre périt alors
par la surabondance du feu. Alors, tous ceux qui habitent
sur les montagnes, dans les lieux élevés et
dans les endroits secs, périssent, plutôt que
ceux qui demeurent proche les fleuves et la mer [ Situation
privilégiée de l' Égypte]. Mais, pour
nous, le Nil, notre sauveur en d'autres circonstances, nous
préserve aussi de cette calamité-là,
en débordant. Au contraire, d'autres fois, quand
les dieux purifient la terre par les eaux et la submergent,
seuls, les bouviers et les pâtres, dans les montagnes,
sont sauvés, mais les habitants des villes de chez
vous sont entraînés dans la mer par les fleuves.
A l'inverse, dans ce pays-ci, ni alors, ni dans d'autres
cas, les eaux ne descendent des hauteurs dans les plaines,
mais c'est toujours de dessous terre qu'elles sourdent naturellement.
De là vient, dit-on, qu'ici se soient conservées
les plus anciennes traditions. Mais la vérité
est que, dans tous les lieux ou il n'y a pour l'en chasser
ni un froid excessif, ni une chaleur ardente, il y a toujours,
tantôt plus, tantôt moins nombreuse, la race
des hommes. Aussi, soit chez vous, soit ici, soit en tout
autre lieu dont nous avons entendu parler, s'il s'est accompli
quelque chose de beau, de grand ou de remarquable à
tout autre égard, tout cela est ici par écrit,
depuis l'antiquité, dans les temples, et la mémoire
en a été sauvée. Mais, chez vous et
chez les autres peuples, à chaque fois que les choses
se trouvent un peu organisées en ce qui touche l'écriture
et tout le reste de ce qui est nécessaire aux Etats,
voici que de nouveau, à des intervalles réglés,
comme une maladie, les flots du ciel retombent sur vous
et ne laissent survivre d'entre vous que des illettrés
et des ignorants. Ainsi, de nouveau, vous redevenez jeunes,
sans rien savoir de ce qui s'est passé ici, ni chez
vous, dans les anciens temps. Car ces généalogies
que vous citiez à l'instant, Ô Solon , ou du
moins ce que vous venez d'en parcourir touchant les événements
de chez vous, diffèrent bien peu des contes des enfants
Et d'abord, vous ne rappelez qu'un seul déluge terrestre,
alors qu'il y en a eu beaucoup antérieurement. Et
puis, la race la meilleure et la plus belle parmi les hommes,
vous ne savez pas que c'est dans votre pays qu'elle est
née, ni que, de ces hommes-là, vous et toute
votre cité actuelle vous descendez, car un peu de
leur semence s'est conservée. Vous l'ignorez, parce
que, pendant de nombreuses générations, les
survivants sont morts, sans avoir été capables
de s'exprimer par écrit. Oui, Solon, il fut un temps,
avant la plus grande destruction par les eaux, où
la cité qui est aujourd'hui celle des Athéniens,
était, de toutes, la meilleure dans la guerre et
singulièrement la mieux policée à tous
les égards Chez elle, dit-on, furent accomplis les
exploits les plus beaux; il y eut les organisations politiques
les meilleures de toutes celles dont nous ouïmes oncques
parler sous le ciel. » - Ce qu'ayant entendu, Solon
dit s'ètre fort émerveillé, et, plein
de curiosité, avoir prié les prêtres
de parcourir exactement et de suite toute l'histoire de
ses concitoyens d'autrefois.
ANTIQUITE
D ATHENES
Et
le prêtre répondit: « Je n'userai point
de réticence, mais par égard pour vous, Solon,
pour votre cité, et plus encore pour la Déesse
qui a protégé, élevé, instruit
votre cité et celle-ci, je vous le dirai. De nos
deux cités, la plus ancienne est la vôtre et
de mille ans, car elle a reçu votre semence de Gaia
et d'Héphaistos. Celle-ci est plus récente.
Or,
depuis que ce pays-ci est civilisé, il s'est écoulé,
portent nos écrits sacrés, le chiffre de huit
mille années [ Les lois égyptiennes reproduisent
les lois d'Athènes d'il y a neuf mille ans.] C'est
donc de vos concitoyens d'il y a neuf mille ans que je vais
vous découvrir brièvement les lois, et parmi
leurs hauts faits, je vous dirai le plus beau qu'ils aient
accompli Pour le détail exact de tout, nous le parcourrons
de suite une autre fois, quand nous en aurons le loisir,
en prenant les
textes eux-mêmes. Or,
Comparez d'abord vos lois à celles de cette cité-ci.
De nombreux exemples de celles qui existaient alors chez
vous, vous les trouverez ici aujourd'hui. En premier lieu,
la classe des prêtres séparée de toutes
les autres et mise à part, puis la classe des artisans,
puisque chaque sorte d'artisans exerce son métier
séparément, sans se mèler à
aucune autre, la classe des bergers, celle des veneurs et
celle des laboureurs. Et pour la classe des combattants,
vous avez constaté sans doute qu'elle est également
ici distincte de toutes les autres, et qu'à ses membres
la loi a prescrit de ne s'occuper de rien, sinon de ce qui
concerne la guerre. De même, pour la forme de leur
armement, écus et lances, dont les premiers, parmi
les peuples qui avoisinent l'Asie, nous avons été
armés. Car c'est la Déesse qui, comme en ce
pays-ci, vous l'a enseignée, à vous les premiers.
Et pour l'esprit, vous voyez sans doute combien la loi en
a pris soin par ici, dès le début, ainsi que
de l'éducation, et comme elle nous a tout découvert,
jusqu'à la divination, et à la médecine
qui concerne la santé, depuis ces sciences divines
jusqu'à leurs applications humaines, et comment elle
nous a fourni de mème toutes les autres sciences
qui font suite à celles-là. Eh oui, c'est
ce mème arrangement et celte même organisation
que la Déesse vous avait donnés en partage,
à vous les premiers. Elle avait élu le lieu
où vous êtes nés : elle y avait considéré
l'harmonieux mélange des saisons, qui le rendait
apte à porter les hommes les plus intelligents. Et,
parce que cette Déesse aimait à la fois la
guerre et la science, voulant que ce lieu portât les
hommes les plus faits à sa ressemblance, c'est lui
quelle a choisi et peuplé d'abord. Vous l'habitàtes
donc, sous des lois semblables aux nôtres et même
encore meilleures. Et vous surpassier tous les hommes en
toutes sortes de qualités, comme il sied à
des rejetons et à des élèves des dieux.
Nombreux et grands furent vos exploits et ceux de votre
cité: ils sont ici par écrit et on les admire
[ Lutte d'Athènes et des peuples riverains de la
Méditerranée contre 1'Atlantide. ] Mais un
surtout l'emporte sur tous les autres en grandeur et en
héroïsme. En effet, nos écrits rapportent
comment votre cité anéantit jadis une puissance
insolente qui envahissait à la fois toute l'Europe
et toute l'Asie et se jetait sur elles du fond de la mer
Atlantique
L'
ATLANTIDE
Car,
en ce temps-là, on pouvait traverser cette mer. Elle
avait une île, devant ce passage que vous appelez,
dites-vous, les colonnes d'Hercule.Cette île était
plus grande que la Libye et l'Asie réunies. Et les
voyageurs de ce temps-là pouvaient passer de cette
île sur les autres îles, et de ces îles,
ils pouvaient gagner tout le continent, sur le rivage opposé
de cette mer qui méritait vraiment son nom. Car,
d'un côté, en dedans de ce détroit dont
nous parlons, il semble qu'il n'y ait qu'un hâvre
au goulet resserré et, de l'autre, au dehors, il
y a cette mer véritable et la terre qui l'entoure
et que l'on peut appeler véritablement, au sens propre
du terme, un continent. Or, dans cette île Atlantide,
des rois avaient formé un empire grand et merveilleux.
Cet empire était maître de l'île tout
entière et aussi de beaucoup d'autres îles
et de portions du continent. En outre, de notre côté,
il tenait la Libye jusqu'à l'Egypte et l'Europe jusqu'à
la Tyrrhénie. Or cette puissance, ayant une fois
concentré toutes ses forces, entreprit, d'un seul
élan, d'asservir votre territoire et le nôtre
et tous ceux qui se trouvent de ce côté-ci
du détroit. [Rôle d'Athènes dans la
guerre contre l'Atlantide ] C'est alors, Ô Solon,
que la puissance de votre cité fit éclater
aux yeux de tous son héroïsme et son énergie.
Car elle a emporté sur toutes les autres par la force
d'âme et par l'art militaire. D'abord à la
tête des Hellènes, puis seule par nécessité,
abandonnée par les autres, parvenue aux périls
suprêmes, elle vainquit les envahisseurs, dressa le
trophée, préserva de l'esclavage ceux qui
n'avaient jamais été esclaves, et, sans rancune,
libéra tous les autres peuples et nous-mêmes
qui habitons à l'intérieur des colonnes d'Hercule.
[Disparition
de l'Atlantide.]
Mais,
dans le temps qui suivit, il y eut des tremblements de terre
effroyables et des cataclysmes.Dans l'espace d'un seul jour
et d'une nuit terribles, toute votre armée fut engloutie
d'un seul coup sous la terre, et de même l'île
Atlantide s'abîma dans la mer et disparut Voilà
pourquoi, aujourd'hui encore, cet océan de là-bas
est difficile et inexplorable, par l'obstacle des fonds
vaseux et très bas que l'île, en s'engloutissant,
a déposés. »
Vous
avez entendu en bref, ô Socrate, comment Critias ce
qu'avait dit le vieux Critias ce qu' il tenait de Solon.
Hier, quand vous parliez de la cité et des citoyens
que vous décriviez, j'étais dans l'émerveillement,
en me rappelant ce que je viens de dire. Je songeais que,
par quelque hasard divin et bien à propos, vous vous
étiez rencontré, pour la plupart des choses,
avec ce que Solon avait dit. Mais je n'ai point voulu le
dire incontinent. Car, par l'effet du temps, je ......
IL
MANQUE LES SOUVENIRS DE CRITIAS
LE
CRITIAS
La
Déesse mémoire. Car, c'est bien au pouvoir
de cette divinité que réside entièrement
ce qu'il y a de plus important dans nos discours. Si nous
pouvons nous rappeler suffisamment et reproduire les propos
que tinrent autrefois les prêtres égyptiens
et que Solon a rapportés en ces lieux, nous apparaitrons,
je le sais, à ce public, comme ayant réalisé
notre tàche, ainsi qu'il convient. C'est donc ce
qu'il faut faire tout de suite et sans plus tarder.
RESUME
DU TIMEE :
Avant
tout, rappelons-nous l'essentiel.
Il
y a en tout neuf mille ans, depuis que la guerre éclata,
dit-on, entre les peuples qui habitaient au delà
des Colonnes d'Hercule et tous ceux qui habitaient à
l'intérieur.
C'est
cette guerre qu'il nous faut maintenant raconter d'un bout
à l'autre. De ce côté, cette cité,
nous l'avons dit, en avait la conduite et elle a soutenu
la guerre, du commencement jusqu'à la fin. De l'autre
côté, commandaient les rois de l'ile Atlantide.
Cette île, nous l'avons déjà dit, était
alors plus grande que la Libye et que l'Asie réunies.
Aujourd'hui quelle a été submergée
par des tremblements de terre, il n'en reste plus qu'un
fonds vaseux infranchissable, obstacle difficile pour les
navigateurs qui cinglent d'ici vers la grande mer .
Les
nombreux peuples barbares et ce qu'il y avait alors de populations
hellènes apparaîtront successivement, à
mesure qu'en se déroulant, le fil de mon discours
les rencontrera tour à tour. Mais, les Athéniens
d'alors et les ennemis qu'ils combattirent, il faut que
je vous les présente en commençant, et que
je vous fasse connaître les forces et l'organisation
politique des uns et des autres. Et entre ces deux peuples
mêmes, c'est de ceux de par ici qu'il faut nous efforcer
de parler d'abord.
ATHENA
RECOIT LA GRECE EN PARTAGE :
Or,
les Dieux se sont un jour partagé la terre entiere,
par regions. Partage sans disputes ! Car il serait déraisonnable
de croire que les Dieux ignorent ce qui convient à
chacun d'eux, ou que, sachant ce qui convenait plus aux
uns, les autres aient entrepris de s'en emparer à
la faveur de la discorde. En vertu du lotissemeut fait par
Dikê, chacun obtint ce qui lui plaisait et s'établit
dans sa région. S'y étant fixés, les
Dieux, comme font les bergers pour leurs troupeaux, nous
ont élevés comme leurs biens et leurs propres
troupeaux. Toutefois, ils ne faisaient pas violence aux
corps par la force des corps, comme les bergers, qui mènent
paître leurs troupeaux à coups de bâton,
mais ils les gouvernaient de la place où l'on mène
le plus facilement un animal. Tel le pilote, qui du haut
de la poupe, gouverne son navire, les Dieux s'attachèrent
à conduire les âmes par la persuasion, comme
avec un gouvernail, selon leur dessein propre.
C'est
par ces procédés qu'ils dirigeaient et gouvernaient
toute la race des mortels. Ainsi régnèrent-ils,
les uns ici, les autres là, suivant les régions
qui leur échurent en partage.
Héphaistos
et Athéna, qui ont même naturel, premièrement,
parce que frère et soeur , ils le tiennent du même
père, et secondement parce que leur double amour
de la science et de l'art les mène à un même
but, reçurent tous deux, en un lot commun et unique,
cette contrée-ci. Elle devait leur appartenir en
propre, étant naturellement appropriée à
la vertu et à la pensée. Y ayant mis comme
autochtones des gens de bien, ils organisèrent la
cité à leur gré. De ces autochtones
les noms ont bien été conservés, mais
leurs oeuvres ont péri, par suite de la disparition
de leurs héritiers et de l'immensité des temps
écoulés. Toujours, en effet, l'espèce
qui survivait, c'était, comme on l'a dit aussi plus
haut, celle des montagnards, et elle était inculte.
Des princes qui régnaient dans la plaine, elle ne
connaissait, et encore par ouï-dire, que les noms et
quelque peu de leurs exploits. Ces noms, les hommes d'alors
se plaisaient à les donner à leurs enfants.
Quant aux vertus et aux institutions de leurs devanciers,
ils les ignoraient, ou, du moins, n'ayant, sur chacun d'eux,
gardé que quelques obscures traditions, dépourvus,
eux et leurs enfants, pendant plusieurs générations,
des choses nécessaires à la vie, l'esprit
uniquement tendu vers ls satisfaction de leurs besoins,
y consacrant mème tous leurs discours, ils ne se
souciaient pas des événements antérieurs
et des faits du passé. En effet, les récits
légendaires et la recherche rétrospective
des antiquités ne font leur apparition dans les Etats
qu'avec le loisir et lorsque certains citoyens constatent
qu'ils ont réuni tout ce qui est nécessaire
à la vie. Ils n'apparaissent jamais plus tôt.
C'est pourquoi, seuls, les noms des anciens hommes ont survécu,
[
.... puis texte sur la Grèce ancienne , puis détails
sur Athènes ... ]
L'
Atlantide , pourquoi les noms grecs :
Quant
aux caractères de leurs adversaires et à leur
nature originelle nous allons vous les découvrir,
afin que ces connaissances nous soient communes, comme à
des amis, si toutefois nous n'avons pas perdu le souvenir
de ce que nous entendimes raconter dans notre enfance. Et
d'abord, il me faut vous avertir, d'un mot, avant de commencer
mon récit, afin que vous ne soyez pas surpris en
m'entendant souvent donner à des Barbares des noms
Grecs. Apprenez-en la cause. Solon, voulant utiliser ce
récit dans ses poèmes, demanda quel était
le sens de ces noms. Il découvrit que les Egyptiens,
qui, les premiers avaient écrit cette histoire, les
avaient transcrits dans leur idiome.
Lui-même,
ayant retrouvé la signification de chaque nom, les
retraduisit une deuxième fois dans notre langue,
pour les écrire. Or, les manuscrits mêmes de
Solon étaient chez mon aïeul; maintenant ils
sont encore chez moi et je les ai fort étudiés
dans ma jeunesse. Lors donc que vous entendrez des noms
pareils à ceux de par ici, n'en soyez pas surpris
: vous en connaissez la raison. Voici maintenant quel était
à peu près le début de ce long récit.
POSEIDON
RECOIT L'ATLANTIDE EN PARTAGE :
Comme
on l'a dit plus haut, en parlant du tirage au sort, auquel
avaient procédé les Dieux, ils divisèrent
toute la terre en lots, , plus grands ici, plus petits ailleurs.
Ils y instituèrent, en leur propre honneur, des cultes
et des sacrifices. C'est ainsi que Poséidon, ayant
reçu en partage l'île Atlantide, installa,
en certain lieu de cette île, les enfants qu'il avait
engendrés d'une femme mortelle. Près de la
mer,
mais à hauteur du centre de l'île tout entière,
il y avait une plaine, la plus belle, dit-on, de toutes
les plaines, et la plus fertile. Et, proche la plaine, et
distante de son milieu d'environ cinquante stades, il y
avait une montagne partout d'altitude médiocre. Sur
cette montagne habitait alors un des hommes qui, dans ce
pays-là, étaient, à l'origine, nés
de la terre. Son nom était Evénor, et il vivait
avec une femme, Leucippe. Ils donnèrent naissance
à une fille unique, Clito. La jeune fille avait déjà
l'âge nubile, quand son père et sa mère
moururent. Poséidon la désira et s'unit à
elle. Or, la hauteur sur laquelle elle vivait, le Dieu la
fortifia et l'isola en cercle. A cet effet, il fit des enceintes
de mer et de terre, petites et grandes, les unes à
l'entour des autres. Il en fit deux de terre, trois de mer
et il les arrondit pour ainsi dire, en commençant
à partir du milieu de l'Île, dont elles étaient
partout à égale distance. Ainsi elles étaient
infranchissables aux hommes, car il n'y avait encore alors
ni vaisseaux, ni navigation. Ce fut Poséidon Iui-même
qui embellit l'Île centrale et il n'y eut point de
peine, étant Dieu. Il fit jaillir de dessous
le sol deux sources d'eau, l'une chaude, l'autre froide
et il fit pousser sur la terre des plantes nourricières
de toute sorte, en suffisance. Là, il engendra
et il éleva cinq générations d'enfants
mâles et jumeaux. Il divisa toute l'î1e Atlantide
en dix parties. Au premier-né des deux plus vieux,
il attribua la demeure de sa mère et le lot de terre
alentour, qui était le plus vaste et le meilleur.
Il l'établit en qualité de roi, au-dessus
de tous les autres: il fit de ceux-ci des princes vassaux
et à chacun d'eux il donna l'autorité sur
un grand nombre d'hommes et sur un vaste territoire. A tous,
il imposa des noms: le plus ancien, le roi, reçut
le nom qui a servi à désigner toute cette
île et la mer qu'on appelle Atlantique, parce que
le nom du premier roi qui régna alors fut Atlas.
Son frère jumeau, qui était né après
lui, obtint en partage l'extrémité de l'île,
du coté des Colonnes d'Hercule, en face de la région
appelée aujourd'hui Gadirique, d'après ce
lieu-là : il se nommait en Grec Eumélos, et
dans la langue du pays, Gadiros. Et ce nom qu'on lui donnait
est devenu celui du pays. Ensuite, de ceux qui vinrent à
la deuxième génération, il appela l'un
Amphérès, l'autre Evaimon. A la troisième
génération, Mnéséas fut le nom
du premier-né, Autochtonos celui du second. De ceux
de la quatrième génération, il appela
le premier Elasippos et le second Mestor. A la cinquième,
celui qui naquit d'abord reçut le nom d'Azaès,
celui qui vint ensuite, le nom de Diaprépès.
Tous ces princes et leurs descendants habitèrent
ce pays pendant de nombreuses générations.
Ils étaient aussi maîtres d'un grand nombre
d'autres îles de la mer, et, en outre, comme on l'a
déjà dit, d ils régnaient aussi sur
les régions intérieures, de ce côté-ci
des Colonnes d'Hercule, jusqu'à l'Egypte et à
la Tyrrhénie. Ainsi naquit d'Atlas toute une race
nombreuse et chargée d'honneurs. Toujours le plus
vieux était roi et il transmettait sa royauté
à l'ainé de ses enfants. De la sorte, ils
conservèrent le pouvoir pendant de nombreuses générations.
Ils avaient acquis des richesses en telle abondance, que
jamais sans doute avant eux nulle maison royale en en possedera
de semblables et que nulle n'en possédera aisément
de telles à l'avenir. Ils disposaient de tout ce
que pouvait fournir la ville elle-même et aussi le
reste du pays. Car si beaucoup de ressources leur venaient
du dehors, du fait de leur empire, la plus grande part de
celles qui sont nécessaires à la vie, l'île
elle-mème les leur fournissait. D'abord tous les
métaux durs ou malléables que l'on peut extraire
des mines. En premier lieu, celui dont nous ne connaissons
plus que le nom, mais dont il y avait alors, outre le nom,
la substance mème, l'orichalque. On l'extrayait de
terre en maints endroits de l'île: c'était
le plus précieux, après l'or, des métaux
qui existaient en ce temps-là. Pareillement, tout
ce que la forèt peut donner de matériaux propres
au travail des charpentiers, l'île le fournissait
avec prodigalité. De même elle nourrissait
en suffisance tous les animaux domestiques ou sauvages.
L'espèce même des éléphants y
était très largement représentée.
En effet, non seulement la pâture abondait pour toutes
les autres espèces, celles qui vivent dans les lacs,
les marais et les fleuves, celles qui paissent sur les montagnes
et dans les plaines, mais elle regorgeait pour toutes, même
pour l'éléphant, le plus gros et le plus vorace
des animaux. En outre, toutes les essences aromatiques,
que nourrit encore maintenant le sol, en quelque endroit
que ce soit, racines, pousses ou bois des arbres, résines
qui distillent des fleurs ou des fruits, la terre alors
les produisait et les faisait prospérer. Elle donnait
encore et les fruits cultivés, et les graines qui
ont été faites pour nous nourrir et dont nous
tirons les farines (nous en nommons céréales,
les diverses variétés). Elle produisait ce
fruit ligneux, qui nous fournit à la fois des breuvages,
des aliments et des parfums, ce fruit écailleux et
de conservation difficile, qui a été fait
pour nous instruire et nous amuser, celui que nous offrons,
après le repas du soir pour dissiper la lourdeur
d'estomac et soulager le convive fatigué. Oui, tous
ces fruits là, l'ile, que le soleil éclairait
alors, les donnait, vigoureux, superbes, magnifiques, en
quantités inépuisables.
PLAN
DE LA CAPITALE
Ainsi,
recueillant sur leur sol toutes ces richesses, les habitants
de l'Atlantide, les habitants de l' Atlantide construisirent
les temples, les palais des rois, les ports, les bassins
de radoub et ils embellirent aussi tout le reste du pays,
dans l'ordre que voici.
Sur
les bras de mer circulaires, qui entouraient la vieille
cité maternelle, ils jetèrent d'abord des
ponts et ouvrirent ainsi une route vers le dehors et vers
les demeures royales.
Ce
palais des rois, ils l'avaient élevé, dès
l'origine, dans la demeure même du Dieu et de leurs
ancêtres. Chaque souverain recevait le palais de son
prédécesseur, embellissait à son tour
ce que celui-ci avait embelli. Il cherchait toujours à
le surpasser autant qu'il le pouvait, au point que quiconque
voyait le palais était saisi d'étonnement,
devant la grandeur et la beauté de l'oeuvre.
Ils
firent, en commençant à la mer, un
canal de trois plèthres de large, cent pieds de profondeur
et cinquante stades de long et ils le poussèrent
jusqu'au bras de mer circulaire le plus extérieur.
Aux vaisseaux venus de la haute mer, ils ménagèrent
ainsi une entrée, comme en un port. Ils y pratiquèrent
un goulet suffisant pour que les plus grands navires y pussent
pénétrer. Puis, même dans les enceintes
de terre, qui séparaient les cercles d'eau, à
la hauteur des ponts, ils ouvrirent des passages, tels qu'une
seule trirème pût passer d'un cercle à
l'autre, et ils couvrirent ces passages de toits, si bien
que la navigation y était souterraine, car les parapets
des cercles de terre s'élevaient suffisamment au-dessus
de la mer .
La
plus grande des enceintes d'eau, celle où pénétrait
la mer, était large de trois stades, et l'enceinte
de terre qui lui faisait suite avait une largeur égale.
Dans le second cercle, l'enceinte d'eau avait deux stades
de large et l'enceinte de terre avait encore une largeur
égale à la sienne. Mais, l'enceinte d'eau
qui entourait immédiatement l' île centrale,
n'avait qu'un stade. L'île, dans laquelle se trouvait
le palais des rois, avait un diamètre de cinq stades
Or, l'île, les enceintes et le pont (qui avait une
largeur d'un plèthre ), ils les entourèrent
entièrement d'un mur de pierre circulaire Ils mirent
des tours et des portes sur les ponts, à tous les
endroits où passait la mer. Ils tirèrent la
pierre nécessaire de dessous la périphérie
de l'île centrale et de dessous les enceintes, à
l'extérieur et à l'intérieur. Il y
en avait de la blanche, de la noire et de la rouge. Et,
en même temps qu'ils extrayaient la pierre ils creusèrent
en dedans de l'île deux bassins pour navires, avec
le rocher même pour toiture. Et, des constructions,
les unes étaient toutes simples : dans les autres,
ils entremêlèrent les sortes de pierre et varièrent
les couleurs pour le plaisir des yeux, et ils leur donnèrent
ainsi une apparence naturellement plaisante. Le mur qui
entourait l'enceinte la plus extérieure, ils en revêtirent
tout le tour, de cuivre, qui lui fit comme un enduit. Ils
recouvrirent d'étain fondu l'enceinte intérieure
et quant à celle qui entourait l'Acropole elle-même,
ils la garnirent d'orichalque, qui avait des reflets de
feu. Le
palais royal, à l'intérieur de l'Acropole,
avait la disposition que voici. Au milieu de l'Acropole,
s'élevait le temple consacré, à cette
place même, à Clito et à Poséidon.
L'accès en était interdit et il était
entouré d'une clôture d'or. C'est là
qu'au début, Clito et Poséidon avaient conçu
et mis au jour la race des dix chefs des dynasties royales.
Là, chaque année, on venait des dix provinces
du pays, offrir à chacun de ces Dieux, les sacrifices
de saison. Le sanctuaire même de Poséidon était
long d'un stade, large de trois plèthres et d'une
hauteur proportionnée. Son apparence avait quelque
chose de barbare. Ils avaient revêtu d'argent tout
l'extérieur du sanctuaire, à l'exception des
arêtes du faîtage : Ces arètes étaient
d'or. A l'intérieur, la couverture était tout
entière d'ivoire et partout ornée d'or, d'argent
et d'orichalque. Tout le reste, les murs, les colonnes,
le pavement, ils le garnirent d'orichalque. Ils y placèrent
des statues d'or: le Dieu debout sur son char attelé
de six chevaux ailés, et il était si grand
que le sommet de sa tête touchait le plafond. En cercle
autour de lui, cent Néreides sur des dauphins (tel
était leur nombre, croyait-on alors). Il y avait
aussi à l'intérieur quantité d'autres
statues offertes par des particuliers. Autour du sanctuaire,
à l'extérieur, se dressaient, en or, les effigies
de toutes les femmes des dix rois et de tous les descendants
qu'ils avaient engendrés, et de nombreuses autres
grandes statues votives de rois et de particuliers, originaires
de la cité même où des pays du dehors
sur lesquels elle avait la souveraineté. Par ses
dimensions et par son travail, l'autel répondait
à cette splendeur, et le palais royal était
proportionné à la grandeur de l'empire et
à la richesse des ornements du sanctuaire.
Quant
aux sources, celle d'eau froide et celle d'eau chaude, toutes
deux d'une abondance généreuse et merveilleusement
propres à l'usage, par l'agrément et les vertus
de leurs eaux, ils les utilisaient, disposant autour d'elles
des constructions et des plantations appropriées
à la nature des eaux. Ils avaient installé
tout autour, des bassins, les uns à ciel ouvert,
les autres couverts, destinés aux bains chauds en
hiver: il y avait séparément les bains royaux
et ceux des particuliers, d'autres pour les femmes, pour
les chevaux et les autres bêtes de somme, chacun avec
la décoration appropriée. L'eau
qui en provenait, ils la conduisaient au bois sacré
de Poséidon. Ce bois, grâce à la vertu
du terroir, comprenait des arbres de toutes essences, d'une
beauté et d'une hauteur divines. De là, ils
faisaient couler l'eau vers les enceintes extérieures,
par des canalisations ménagées le long des
ponts. De ce côté on avait aménagé
des temples nombreux pour beaucoup de Dieux, force jardins,
force gymnases pour les hommes ou manèges pour les
chevaux. Ces derniers avaient été construits
à part dans les îles annulaires, formées
par chacune des enceintes. Entre autres, vers le milieu
de la plus grande île, ils avaient réservé,
pour les courses de chevaux, un manège, large d'un
stade et assez long pour permettre aux chevaux de faire,
en course, le tour complet de l'enceinte. Tout autour, d'un
bout à l'autre, de distance en distance, il y avait
des casernes pour presque tout l'effectif de la garde du
prince. Les corps de troupe les plus sûrs étaient
logés dans l'enceinte la plus petite, la plus proche
de l'Acropole. Et pour ceux qui se distinguaient entre tous
par leur fidélité, on leur avait affecté
des logements à l'intérieur même de
l'Acropole, près du palais royal. Les arsenaux étaient
pleins de trirèmes et de tous les agrès nécessaires
pour armer des trirèmes, et le tout était
arrimé dans un ordre parfait. Et voilà comment
tout était disposé autour de la demeure des
rois. Quand
on traversait les ports extérieurs, au nombre de
trois, on trouvait un rempart circulaire, commençant
à la mer et partout distant de cinquante stades de
l'enceinte la plus vaste, qui formait le plus grand port.
Et ce rempart venait se refermer sur lui-même au goulet
du canal qui s'ouvrait du côté de la mer. Il
était tout entier couvert de maisons nombreuses et
pressées les unes contre les autres. Quant au
canal et au port principal, ils regorgeaient de vaisseaux
et de marchands venus de partout Leur foule y causait jour
et nuit un vacarme continuel de voix, un tumulte incessant
et divers.
Géographie
de l'Atlantide, organisation : Sur la ville et sur l'ancienne
demeure Géographie des rois, on a ainsi rapporté
à peu près tout ce que la tradition en conserve.
Essayons
maintenant de rappeler quelle était la disposition
du reste du pays, et comment il était organisé.
En premier lieu, le territoire tout entier était
élevé, dit-on, et il dominait la mer à
pic. Mais, tout le terrain autour de la ville était
plat. Cette
plaine entourait la ville et elle était elle-même
encerclée de montagnes qui se prolongeaient jusqu'à
la mer Elle était plate, de niveau uniforme, oblongue
dans l'ensemble ; elle mesurait sur les côtés
trois mille stades, et deux mille, au milieu, depuis la
mer qui se trouvait au bas.
Cette région, dans toute l'île, était
orientée face au Sud et à l'abri des vents
du Nord. On vantait les montagnes qui l'entouraient, et
qui dépassaient en nombre, en grandeur et en beauté,
toutes celles qui existent aujourd'hui. Il y avait dans
ces montagnes, de nombreux villages riches en habitants,
des fleuves, des lacs, des prairies capables de nourrir
quantité de bêtes sauvages ou domestiques,
des forêts en si grand nombre, et d'essences si variées
qu'elles donnaient en abondance des matériaux propres
à tous les travaux possibles. Or, cette plaine,
à la fois par l'action de la nature et par l'oeuvre
de beaucoup de rois, pendant une durée très
longue, avait été aménagée comme
suit. Elle
avait, je l'ai dit, la forme d'un quadrilatère, à
côtés presque rectilignes, et allongé.
Là où les côtés s'écartaient
de la ligne droite, on avait corrigé cette irrégularité,
en creusant le fossé continu qui entourait la plaine.
Quant à la profondeur, à la largeur et au
développement de ce fossé, ce quon en dit
est difficile à croire et qu'un ouvrage, fait de
main d'homme, ait pu avoir, par comparaison aux autres travaux
de ce genre, de telles dimensions Pourtant, il faut répéter
ce que nous avons ouï dire. Le fossé fut creusé
à un plèthre de profondeur; sa largeur était
partout d'un stade, et, comme il était creusé
autour de la plaine tout entière, sa longueur était
de dix mille stades. Il recevait les cours d'eau qui descendaient
des montagnes, faisait le tour de la plaine, revenait de
part et d'autre vers la ville, et, de là, allait
se vider dans la mer. Depuis la partie haute de ce fossé,
des canaux rectilignes, larges d'environ cent pieds étaient
découpés dans la plaine, puis allaient joindre
le fossé, près de la mer. Chacun d'eux était
distant des autres de cent stades.
Pour
charrier à la ville le bois des montagnes, et pour
amener par bateaux les autres produits de saison, on avait
creusé, à partir de ces canaux, des dérivations
navigables, de direction oblique les unes par rapport aux
autres et par rapport à la ville. Notez que les habitants
recueillaient deux fois l'an les produits de la terre: l'hiver,
ils utilisaient les eaux du ciel; l'été, celles
que donnait la terre, en dirigeant leurs flots hors des
canaux.
En
ce qui touche le nombre des hommes de la plaine bons pour
la guerre, il avait été fixé que chaque
district fournirait un chef de détachement. La grandeur
du district était de dix stades sur dix, et il yen
avait, en tout, six myriades. Quant aux habitants des montagnes
et du reste du pays, ils étaient, disait-on, en nombre
immense, et tous, suivant les emplacements et les villages,
avaient été répartis entre les districts
et sous le commandement de leurs chefs.
Il
était prescrit que chaque chef de détachement
fournirait pour la guerre, un sixième de char de
combat, jusqu'à concurrence de dix mille chars; deux
chevaux et leurs cavaliers, en outre un attelage de deux
chevaux, sans char, comb portant un combattant porté,
avec un petit bouclier, et le combattant monté chargé
de conduire les deux chevaux, deux hoplites, deux archers,
deux frondeurs, trois fantassins légers armés
de pierriers , trois autres armés de javelots et
enfin quatre marins, pour former au complet les équipages
de douze cents navires. Telle était l'organisation
militaire de la cité royale. Pour les neuf autres
provinces, chacune avait la sienne, et il faudrait longtemps
pour les expliquer .
En
ce qui concerne l'autorité et les charges publiques,
elles furent, dès le début, organisées
de la façon que voici. Des dix rois, chacun exerçait
le pouvoir dans la partie qui lui revenait, et dans sa cité
commandait aux citoyens, faisait la plupart des lois, pouvait
châtier et mettre à mort qui il voulait. Mais,
l'autorité des rois les uns sur les autres et leurs
rapports étaient réglés d'après
des décrets de Poséidon. La tradition le leur
prescrivait, ainsi qu'une inscription gravée par
les premiers rois sur une colonne d'orichalque, qui se trouvait
au centre de l'ile, dans le temple de Poséidon.
Le
culte du taureau :
Les
rois se réunissaient là périodiquement,
tantôt tous les cinq, tantôt tous les six ans,
faisant alterner régulièrement les années
paires et les années impaires. Dans cette réunion,
ils délibéraient sur les affaires communes,
ils décidaient si quelqu'un d'entre eux avait commis
quelque infraction et ils jugeaient. Lorsqu'ils devaient
rendre la justice, ils se donnaient d'abord mutuellement
leur foi, en la forme que voici. On lâchait des taureaux
dans l'enclos sacré de Poséidon. Les dix rois,
restés seuls, après avoir prié le Dieu
de leur faire capturer la victime qui lui serait agréable,
se mettaient en chasse, sans armes de fer, avec seulement
des épieux de bois et des filets. Celui des taureaux
qu'ils prenaient, ils le menaient à la colonne et
l'égorgeaient à son sommet, comme il était
prescrit. Sur la colonne, outre les lois, il y avait, gravé,
le texte d'un serment qui proférait les anathèmes
les plus terribles contre qui le violerait. Après
donc qu'ils avaient effectué le sacrifice conformément
à leurs lois et consacré toutes les parties
du taureau, ils remplissaient de sang un cratère
et aspergeaient d'un caillot de ce sang chacun d'eux. Le
reste, ils le mettaient au feu, après avoir fait
des purifications tout autour de la colonne. Ensuite, puisant
du sang avec des coupes d'or dans le cratère, et
le versant dans le feu, ils faisaient le serment de juger
en conformité avec les lois inscrites sur la colonne,
de châtier quiconque les aurait violées antérieurement,
de n'enfreindre de plein gré, à l'avenir,
nulle des formules de l'inscription, de ne commander et
de n'obéir que conformément aux lois de leur
père. Chacun prenait cet engagement pour lui-mème
et pour toute sa descendance. Puis iL buvait le sang et
remettait la coupe et l'ex-voto dans le sanctuaire du Dieu.
Après quoi, il soupait et vaquait aux autres occupations
nécessaires.
Quand
l'obscurité était venue et que le feu des
sacrifices était refroidi, tous revêtaient
de très belles robes d'azur sombre et ils s'asseyaient
à terre, dans les cendres de leur sacrifice sacramentaire.
Alors, dans la nuit, après avoir éteint toutes
les lumières autour du sanctuaire, ils jugeaient
et subissaient le jugement, si l'un d'eux en accusait un
autre d'avoir commis quelque infraction. La justice rendue,
ils gravaient les sentences, le jour venu, sur une table
d'or, qu'ils consacraient en souvenir, ainsi que leurs robes.
Il
y avait, de plus, beaucoup d'autres lois spéciales
sur les attributions propres de chacun des rois. Les plus
notables étaient: ne point prendre les armes les
uns contre les autres, s'entre-secourir tous, si l'un d'eux
avait tenté, dans une cité quelconque, de
chasser une des races royales, délibérer en
commun, comme leurs ancêtres, échanger leurs
avis, au sujet de la guerre et des autres affaires, en laissant
toujours l'hégémonie à la race d'Atlas
Un roi n'était pas maître de donner la mort
à aucun de ceux de sa race, si tel n'était
pas l'avis de plus de la moitié des dix rois.
LA
DESOBEISSANCE :
Or,
cette puissance, d'une nature telle et si grande, qui existait
alors en ce pays, le Dieu la dirigea lui-même contre
nos régions, à ce qu'on rapporte, pour quelque
raison du genre que voici.
Pendant
de nombreuses générations, et tant que domina
en eux la nature du Dieu, les rois écoutèrent
les lois et demeurèrent attachés au principe
divin, auquel ils étaient apparentés. Leurs
pensées étaient vraies et grandes en tout
; ils usaient de bonté et aussi de jugement en présence
des événements qui survenaient, et les uns
à l'égard des autres. Aussi, dédaigneux
de toutes choses, hors la vertu, faisaient ils peu de cas
de leurs biens: ils portaient comme un fardeau la masse
de leur or et de leurs autres richesses, ne se laissaient
pas griser par l'excès de leur fortune, ne perdaient
pas la maîtrise d'eux-mêmes et marchaient droit.
Avec
une clairvoyance aiguë et lucide, ils voyaient bien
que tous ces avantages s'accroissent par l'affection réciproque
unie à la vertu, et qu'au contraire, le zèle
excessif pour ces biens et l'estime qu'on en a font perdre
ces biens eux-mêmes, et que la vertu aussi périt
avec eux. Par l'effet de ce raisonnement et grâce
à la présence persistante du principe divin
en eux, tous les biens que nous venons d'énumérer
ne cessaient de s'accroître à leur profit.
Mais, quand l'élément divin vint à
diminuer en eux, par l'effet du croisement répété
avec de nombreux éléments mortels, quand domina
le caractère humain, alors incapables désormais
de supporter leur prospérité présente,
ils tombèrent dans l'indécence. Aux hommes
clairvoyants, ils apparurent laids, car ils avaient laissé
perdre les plus beaux des biens les plus précieux.
Au contraire, aux yeux de qui ne sait pas discerner quel
genre de vie contribue véritablement au bonheur,
c'est alors qu'ils semblèrent parfaitement beaux
et bienheureux, tout gonflés qu'ils étaient
d'injuste avidité et de puissance. Et le Dieu des
Dieux, Zeus, qui règne par les lois, et qui, certes,
avait le pouvoir de connaître tous ces faits, comprit
quelles dispositions misérables prenait cette race,
d'un caractère primitif si excellent. Il voulut leur
appliquer un châtiment, afin de les faire réfléchir
et de les ramener à plus de modération. A
cet effet, il réunit tous les Dieux, dans leur plus
noble demeure : elle est située au centre de l'univers
et elle voit de haut tout ce qui participe du devenir. Et,
les ayant rassemblés, il dit :
Fin
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